VENTS DU SUD scrl fs

Société coopérative à responsabilité limitée et à finalité sociale

 

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Mario Heukemes
Mario Heukemes est à la base du parc éolien citoyen installé
sur les hauteurs de Waimes.-ÉdA Mathieu GOLINVAUX

Sur les hauteurs de Waimes, Mario et un groupe de citoyens font tourner des éoliennes. Mais tout autant que l’électricité produite, c’est le symbole d’une réappropriation citoyenne que porte le vent.

«Le renouvelable aux mains des citoyens c’est l’avenir.» Dans son dernier classement des fournisseurs d’électricité, Greenpeace encensait le modèle coopératif citoyen. Électricité produite par le renouvelable, localement et par des citoyens plutôt que les multinationales, le modèle a évidemment tout pour séduire l’association environnementaliste. Mais est-ce pour autant l’avenir pour éclairer et chauffer nos maisons?

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Sur les hauteurs de Waimes, la coopérative Courant d’Air démontre que c’est déjà le présent. Depuis 2010-2011, cinq éoliennes d’une puissance de 2,3 mégawatts produisent de quoi fournir l’électricité à 5 700 ménages. Produire et fournir, les deux termes ont ici toute leur importance puisque Courant d’Air ne se contente pas de faire tourner ses moulins, elle vend directement aux particuliers l’électricité qui en sort (voir ci-dessous). Le vent qui souffle sur les hauteurs de Liège fabrique donc de l’électricité verte mais également vraiment citoyenne.

À la base de ce projet lancé en 2004, on trouve notamment Mario Heukemes. Ingénieur industriel de formation, il s’est lancé dans cette aventure pour le défi technique, dit-il.

«Une éolienne c’est un objet fantastique. Se dire qu’on pouvait construire ça était excitant. Mais la notion de renouvelable était déjà ancrée en moi et on a rapidement évolué d’un défi purement technique vers un projet qui aurait aussi du sens.»

Une autonomie énergétique? C’est possible...

Le sens de ce projet, c’est d’abord de démontrer qu’en sortant du circuit des opérateurs traditionnels de l’énergie il y a moyen d’aller vers une autonomie énergétique en se réappropriant ce bien commun qu’est le vent. Plus que le prix de son électricité – qui est dans la moyenne du marché – c’est d’ailleurs cela qui séduit. «Cela prend du temps d’expliquer cela, mais quand on le fait plus de 80% des gens nous suivent», dit Mario Heukemes.

Dans cette région où il y eut jadis une forte mobilisation citoyenne contre un projet d’enfouissement de déchets nucléaires, le parc éolien de Courant d’Air a été plutôt bien perçu. Et soutenu par les autorités locales. Aujourd’hui, les cinq moulins citoyens qui tournent entre prairies et forêts constituent le plus fort des plaidoyers contre l’énergie atomique, estime l’ingénieur.

«Car s’il est essentiel que les citoyens puissent donner leur avis, ils ne pourront le faire utilement que s’ils démontrent qu’ils maîtrisent leur sujet. Ce n’est pas la voix du simple consommateur qui va porter dans l’opposition contre nucléaire. Par contre, si ce sont des citoyens qui maîtrisent les compétences et propose une vraie alternative qui fonctionne en matière de production d’énergie verte, ils seront plus facilement entendus.»

Pour la coopérative Courant d’Air, s’il est important que le vent fasse tourner ses éoliennes, il l’est tout autant qu’il porte le message de la nécessité d’une vraie transition. Dans ses statuts il est d’ailleurs prévu que la coopérative assure un rôle de sensibilisation auprès des jeunes. Ce qu’elle fait régulièrement avec des animations avec des écoles au pied de ses éoliennes ou lors d’un débat autour du film Welcome to Fukushima, documentaire sur la catastrophe nucléaire au Japon que la coopérative waimoise a en partie financé.

Arbres fruitiers, maraîchage, etc.

Ce message central, celui relatif à l’urgence de réappropriation par les citoyens de bien communs qui lui permettent de répondre à des besoins aussi essentiels que se nourrir ou se chauffer, la coopérative le délivre également par l’exemple. Comme lorsqu’elle finance l’achat d’arbres fruitiers pour un jardin collectif, quand elle soutient financièrement une entreprise de formation par le travail, de circuit court et de maraîchage biologique ou encore lorsqu’elle finance l’audit énergétique et les travaux économiseurs d’énergie dans les écoles de la commune.

«On est là sur des questions essentielles, insiste Mario Heukemes. Celles qui concernent la reconquête des compétences dans des domaines aussi stratégiques que l’alimentation, l’accès à l’eau et l’énergie. Autant de domaines où le citoyen doit avoir une place

Produire c'est bien, fournir c'est mieux

Pour les coopérateurs de Courant d’Air il est rapidement apparu qu’avoir relevé le défi technique de produire de l’énergie verte et citoyenne ne suffisait pas.

À quoi bon si finalement cette électricité est simplement injectée sur le réseau pour être revendue par les fournisseurs classiques, pas toujours verts et rarement citoyens?

«Les premières années, aux assemblées générales, les coopérateurs nous disaient être déçus de devoir encore acheter leur électricité aux multinationales, dit Mario Heukemes, à la base du parc éolien citoyen installé sur les hauteurs de Waimes. Alors on a créé Cociter

«Cociter», pour Comptoir citoyen des énergies. Il rassemble plusieurs coopératives citoyennes wallonnes qui produisent de l’électricité renouvelable et qui se sont rassemblées afin d’assurer un service de fournisseur. L’équivalent de la quantité d’électricité produite par les cinq éoliennes de Waimes, mais aussi par celles de sept autres coopératives citoyennes wallonnes associées, est repris sur le réseau par Cociter qui la revend à ses clients au prix coûtant. «Nous ne sommes pas une centrale d’achat, insiste Mario Heukemes. Nous sommes un vrai fournisseur de l’électricité que nous produisons.»

L’objectif de ce modèle économique ne vise pas le profit pour le seul profit. Il s’agit d’abord et surtout de démontrer que ce modèle est viable et pas forcément plus cher qu’un autre. La ristourne accordée aux coopérateurs sur leur facture d’électricité servant d’atout supplémentaire pour en inciter d’autres à investir dans des machines (les éoliennes, mais un projet biomasse est à l’étude) et un mode de production/distribution qui assurera une vraie transition énergétique, estime Mario Heukemes.

«Engie récupère les mouvements citoyens»

Signe que ce modèle est celui de l’avenir, les grands groupes y viennent aussi, note Mario Heukemes. Par exemple Engie (ex-Electrabel) a ainsi créé CoGreen, une société coopérative où les citoyens peuvent investir dans la construction et l’exploitation de parcs éoliens.

«Mais ce sont des coopératives de façade, estime le Waimois. Le citoyen investit mais cela reste un grand groupe énergétique qui, après le green washing, fait dans le citizen washing.»

Article publié le 05/11/2016 dans L'AVENIR par Alain WOLWERTZ

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